Hérault - Chartes de laicité : le gouvernement abandonne

Hérault - Chartes de laicité : le gouvernement abandonne

Hérault - Chartes de laicité : le gouvernement abandonne

Par Libre Pensée, le 27 Décembre 2020

Le gouvernement abandonne les « chartes de la laïcité » !

Encore une fois : ces chartes nuisent au combat pour la laïcité !

On pouvait se demander pourquoi Marlène Schiappa n’avait pas félicité la municipalité au sujet de sa charte de la « laïcité » lors de sa venue à Montpellier le 7 décembre 2020. La réponse est tombée quelques jours plus tard : le gouvernement abandonne, dans son projet de loi dit « séparatisme », rebaptisé « confortant le respect des principes de la République », l’idée de charte de la laïcité.

A la place, on trouve un autre document que les associations devront signer : un « contrat d’engagement républicain ». Est-ce la même chose ? Pas vraiment.

Qu’étaient les « chartes de laïcité » ?

Les chartes de « laïcité » viennent de la droite la plus dure : c’est la présidente de région Valérie Pécresse (LR) qui en a rédigé une, ainsi que Christian Estrosi (LR) à Nice ou encore Maryse Joissains-Masini (LR) à Aix-en-Provence. Pour cette dernière, la LDH avait formé un recours qui lui avait donné raison, appuyé par l’observatoire de la laïcité, par la voix de Nicolas Cadène ; la presse à l’époque avait relevé : « Comment une municipalité peut-elle ainsi méconnaître le droit et le principe de la laïcité ? La rédaction d’un tel document est « regrettable » et la commune n’a « aucune excuse pour cette erreur de droit », selon Nicolas Cadène. » On comprend mieux pourquoi l’observatoire de la laïcité est dans le viseur du gouvernement… Récemment, c’est Serge Grouard, maire LR d’Orléans, qui s’est illustré par une charte de « laïcité », qui inclut une pause de la laïcité durant les fêtes catholiques de Jeanne d’Arc. Incroyable mais vrai.

Les chartes de « laïcité » sont clairement destinées à montrer du doigt les musulmans accusés de détourner les fonds publics. Pas besoin de preuve, la rumeur suffit, et celle-ci est tenace. Par une contorsion bizarre, elles tentent d’appliquer la laïcité aux associations, en y mêlant d’autres choses comme l’égalité homme-femme ou le respect des institutions. Or la laïcité impose la neutralité aux institutions, mais ne concerne pas les citoyens. Ces chartes tentent également de demander aux associations de faire la promotion de la laïcité, alors que les citoyens sont libres de penser ce qu’ils veulent.

Elles jettent donc le doute sur les associations, sous-entendant qu’elles seraient le creuset du terrorisme pour certaines d’entre elles. Dans le même temps, les mêmes promoteurs des chartes de laïcité financent abondamment le culte catholique ou proche des milieux catholiques avec l’argent public : fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans, « sens commun » en Ile de France, et bien sûr, les fêtes de saint Roch à Montpellier. Stigmatisation infondée d’un côté, financement du culte catholique « bien de chez nous » de l’autre.

Qu’est-ce que le « contrat d’engagement républicain » ?

Ce que propose le gouvernement n’a rien à voir avec la laïcité, le projet de loi rappelle même : « Le contrat d’engagement républicain, dont le contenu est délimité par la loi, ne saurait étendre l’application du principe de laïcité au‑delà de l’administration et des services publics. »

Comme l’indique le communiqué national de la FNLP[1] : « Chartes de la laïcité»

Le second alinéa de l’article 6 dispose : « Toute association qui sollicite l’octroi d’une subvention au sens de l’article 9‑1 de la présente loi auprès d’une autorité administrative ou d’un organisme chargé de la gestion d’un service public industriel et commercial s’engage, par un contrat d’engagement républicain, à respecter les principes de liberté, d’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, de fraternité, de respect de la dignité de la personne humaine et de sauvegarde de l’ordre public. »

Outre qu’il est étonnant de demander à des associations de respecter l’« ordre public », notion vague qui de ce fait fera planer un doute sur toute association participant à des manifestations revendicatives, ce « contrat » est clairement redondant par rapport à ce qui existe déjà. C’est ce qu’a d’ailleurs relevé le Haut Conseil à la Vie Associative (HCVA)[2] : « Actuellement, toute demande de subvention se fait par l’intermédiaire d’un document cerfa 12156-05 dans lequel le responsable légal de l’association déclare que « l'association respecte les principes et valeurs de la Charte des engagements réciproques conclue le 14 février 2014 entre l'Etat, les associations d'élus territoriaux et le Mouvement associatif, ainsi que les déclinaisons de cette charte ». Or, le préambule de la charte définit celle-ci comme un « acte solennel fondé sur les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité ». Parmi les principes partagés, figurent ceux de non-discrimination des personnes et de promotion de l'égale participation des femmes et des hommes dans la gouvernance, l'équilibre entre les générations, entre les milieux socio-culturels dans l'exercice des responsabilités. »

Ce gouvernement invente le fil à couper le beurre : nous allons vers la multiplication de « contrats d’engagement » et de « rappels républicains » aussi inutiles que répétitifs. Seul but : faire peser un soupçon sur les associations de quartiers populaires, qui devront prêter serment d’attachement à l’Etat. Ce qui, en général, produit par réflexe l’effet inverse.

Le détournement de la laïcité nuit gravement à la laïcité.

Disons-le clairement : Valérie Pécresse, les mairies d’Orléans, d’Aix en Provence, de Nice ou de Montpellier nuisent au combat pour la laïcité. Ces chartes ruinent des années d’effort pour faire comprendre la laïcité, qui n’a jamais été un outil de division et de stigmatisation.

Ces attaques au travers des chartes de laïcité vont provoquer l’inverse de leur but affiché : elles vont faire passer aux yeux de la jeunesse de notre pays l’idée que la laïcité est une manière de critiquer les musulmans. Cela vise à dresser une partie de la population contre une autre. Ceci s’inscrit dans le cadre d’une large campagne xénophobe qui ne dit pas son nom tout en se drapant dans les « valeurs de la République ».

Nous savons que le fait que ceci se fasse au nom de la gauche dans notre ville en fera hésiter certains. Mais la défense des principes demande parfois des combats pugnaces. Celui qui hésite à défendre un principe au nom d’arrangements n’a aucun avenir.

Voilà pourquoi la Libre Pensée appuiera toute position courageuse dans ce contexte, rappelant ce qu’est la laïcité ; et comme les idées justes finissent tôt ou tard par s’imposer, nous redresserons le cours délirant de ce détournement de la laïcité.

Outre cette question, reste l’ensemble du texte de loi, qui remet en cause la liberté de conscience dans une logique liberticide et concordataire, sans satisfaire personne ; en effet, associations laïques comme représentants des cultes sont au mieux dubitatifs, au pire hostiles à ce projet. Le combat pour son retrait commencera très rapidement, étant donné que le processus législatif débute dès janvier.

 

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