Hérault - Un rappel à la loi pour Sabine l'enseignante Gilet Jaune !

Hérault - Un rappel à la loi pour Sabine l'enseignante Gilet Jaune !

Hérault - Un rappel à la loi pour Sabine l'enseignante Gilet Jaune !

Par Le comité de soutien., le 27 Novembre 2020

Le procureur de Béziers obligé d’annoncer un simple « rappel à la loi »

Un recul à mettre au compte des dizaines de prises de position en défense de Sabine !

A deux heures de notre conférence de presse où se sont retrouvées plus d’une cinquantaine de personnes[1], le comité de soutien a pris connaissance (par la presse) du communiqué du procureur de Béziers indiquant : « il ne s'agit absolument pas de poursuites pénales, mais uniquement d’une convocation devant un délégué du procureur aux fins de leur notifier un simple rappel à la loi ordonné en août 2019 par le procureur de la République qui était en fonction à cette époque. Le délai pour adresser ces convocations a été ensuite beaucoup trop long mais il s'explique par les conséquences de la crise sanitaire et par les effets résiduels d'une ancienne organisation interne désormais révolue. » 

Une décision d’aout 2019, mais notifiée un an plus tard à cause du COVID. Nous laisserons à chacun le soin d’y croire ou pas.

Certes, nous aurions souhaité un classement sans suite, au vu de la pauvreté des faits reprochés. Cependant, nous estimons que ce recul est une victoire de notre mobilisation et de tous nos soutiens. En effet, dans un contexte où la répression est partout : répression des journalistes, des manifestants, des syndicalistes, des Gilets Jaunes, des lycéens… cette nouvelle est un encouragement contre tous ceux qui voudraient nous voir baisser la tête. Nous n’avons jamais accepté de raser les murs en espérant un bon geste : le gouvernement et ses alliés tapent d’autant plus fort qu’ils se sentent libres de le faire.

Or les mesures actuelles, à travers l’amendement 147 de la LPR ou la loi dites « sécurité globale », visent justement à liquider et limiter nos droits à nous exprimer, à manifester.

Aussi, nous appelons à organiser largement la mobilisation pour le succès de la manifestation de samedi 28 novembre à 11h00 devant la mairie de Montpellier.

Egalement, nous appelons à un rassemblement mardi 1er décembre à 14h30 devant le tribunal de Béziers (93 Avenue Président Wilson) pour dénoncer la répression tous azimuts, exiger le retrait de la loi « sécurité globale », contre l’état d’urgence permanent et la volonté de nous museler !

La manifestation/rassemblement sera déclarée, et une attestation vous sera fournie.

Retrouvons-nous nombreux ! Si une blessure à un seul est une blessure à tous, à l’inverse, une victoire d’un seul est une aide, un point d’appui pour tous ! On continue !

Le comité de soutien.

[1] Parmis lesquels de nombreux syndicalistes de FO, FSU, CGT, Solidaires, des associations, des mouvements et partis politiques, la député Muriel Ressiguier, nos amis GJ du RPPA, des membres des CLRR… 30 personnes présentes, et 25 en visio en même temps.

Sabine Gilet Jaune, réagit :

Bonsoir,

Je tiens d'abord à vous remercier pour votre présence, et à remercier tous ceux qui témoignent de leur soutien depuis l'annonce des poursuites contre moi vendredi dernier : bien sur mes camarades du Près d'Arènes, de Convergence 34, de Béziers et des autres groupes de Gilets Jaunes, mais aussi les organisations syndicales : mes camarades de Force Ouvrière, la CGT (l’UD et le SNTRS), la FSU de l’Hérault le MODEF et la CNT ASS ; la LDH et la Libre Pensée, BDS ; la députée Muriel Ressiguier et ses amis insoumis de Montpellier, de Béziers, de Lodève, le PCF34, le PG, le POI, le NPA, l'UCL, Ensemble, les Comités de Résistance et de Reconquête, mes collègues et tous les citoyens qui ont réagit avec une solidarité sans faille et immédiate.

Je viens de recevoir une convocation au tribunal de Béziers pour le 1er décembre.

On me reproche des faits remontant à juin 2019, il y a 1 an ½, où j'ai été brutalement arrêtée lors d'une opération gilets jaunes de péage gratuit à Béziers. A ce moment là, je faisais partie des nombreux enseignants mobilisés contre le bac Blanquer, et je distribuais des tracts aux automobilistes qui traversaient le péage. Dans ces tracts, on expliquait les raisons de la grève et il était question de défense de l'école et des autres services publics comme l'hôpital. On dénonçait une contre réforme profondément inégalitaire et l'intimidation des personnels de l'éducation contenue par l'article 1 de la loi. J'avais un foulard sur la bouche pour symboliser cette volonté de nous faire taire et par peur d'être ciblée à cause de cet article de loi.

Nous nous étions fortement mobilisés pour dénoncer mon arrestation ainsi que les violences policières qui s'étaient produites sur 2 camarades cherchant à me protéger. J'avais décidé de pas céder à la peur et de continuer à exprimer mes revendications comme lors du grand mouvement du 5 décembre contre la retraite à points, qui a rassemblé des millions de personnes, et vu la convergence de ceux qu'on cherchait à diviser.

Et depuis, silence, aucune convocation ne m'avait été adressé. Jusqu'à jeudi dernier.

Quels sont les faits reprochés ? Dissimulation du visage et entrave à la circulation. Pour cela, je risque des peines maximales de prison et de 4000 à 15 000€. Je risque également de passer en commission disciplinaire et d'être sanctionnée professionnellement. La disproportion entre les faits et ce dont on m'accuse est patente depuis le départ, 18 mois plus tard c'est pire.

Sortir de la poussière un dossier aussi creux et en extirper des infractions qui pénalisent la liberté de manifester et de s'exprimer, c'est un grand écart dont la justice aurait pu s'abstenir, elle qui devrait avoir tant à faire avec tous ceux qui commettent des actes beaucoup plus graves du haut de leurs fonctions de ministres ou de conseillers et qui pourtant ne sont pas inquiétés, avec par exemple les soupçons de malversations dans le syndicat Avenir Lycéen.

La criminalisation des gestes militants n'est pas nouvelle, c'est même devenu un leitmotiv avec ce gouvernement.  Quand les gilets jaunes manifestent pour la justice sociale et la démocratie, il les blesse ou les enferme, quand les syndicalistes défendent les droits de leurs collègues, il les licencie, quand les enseignants défendent les statuts et les missions de l'école, il les sanctionne, quand les lycéens revendiquent des conditions de scolarisation dignes, quand les journalistes veulent faire leur métier, il les gaze et les met en GAV.  Ceux qui font vivre ce pays qui créent sa richesse, qui prennent soin de ses habitants ne défendent pas leurs droits avec bienséance. Le peuple n'a pas les bonnes manières, celles qui permettent de s'affranchir des lois en se dissimulant derrière des bataillons d'avocats, des campagnes de mensonges médiatiques et de la corruption.

Le peuple défile, trimbale ses banderoles et ses gilets, il chante, il occupe, certains font grève, il dérange les grands de monde, parce que ce sont ses moyens d'action. Dans l'éducation, toutes nos craintes, tout ce que nous dénoncions est devenu une réalité : l'augmentation des inégalités, la désorganisation du cadre national, l'atteinte à la liberté pédagogique, la précarisation et la restriction des droits des personnels.

Aujourd'hui, des collègues subissent des sanctions disciplinaires ; eux aussi se sont mobilisés contre le Bac Blanquer. Aujourd'hui, des journalistes sont violentés pour les empêcher de faire des images. Aujourd'hui des hommes sont chassés comme des bêtes dans les rues de Paris. Aujourd'hui nous sommes en état d'exception permanent, gouvernés par un Conseil de défense sans aucun contrôle démocratique et on nous inflige de nouvelles lois liberticides : la LPR qui verrouille l'expression universitaire, et la loi « sécurité globale » qui s'ajoute au puzzle en renforçant démesurément les pouvoirs de surveillance et de contrôle de la police.

C'est dans ce contexte répressif que tombe cette convocation devant le délégué du procureur. Je m'y présenterai sans avocat, puisque cette procédure de justice rapide ne le prévoit pas. Un communiqué de presse du procureur de Béziers vient de sortir cet après-midi dans lequel il se dit contraint de diffuser des éléments et notamment qu'il va m'être fait un simple rappel à la loi, avec classement sans suite de la procédure. Ce communiqué intervient alors que depuis vendredi dernier, une campagne  de soutien s'est mise en place, alors que lundi j'ai téléphoné au délégué du procureur qui m'a dit ne pas avoir mon dossier et donc ne pouvait pas me le transmettre. C'est donc une victoire dont nous nous félicitons tous. Et nous constatons que lorsque nous nous mobilisons massivement, nous pouvons résister et remporter des victoires. C'est pourquoi nous serons nombreux pour manifester ce samedi contre la loi « sécurité globale » et contre toutes les atteintes à nos libertés et à nos droits, à 11h devant la mairie. Et que nous appelons à la libération de tous les gilets jaunes emprisonnés, à la levée des sanctions contre les enseignants de Melle et de Bordeaux, et de tous ceux qui sont inquiétés parce qu'ils se sont mobilisés pour exprimer leur revendications.

Mon avocate me conseille, mes camarades, mes collègues et mes enfants me soutiennent. Nous allons nous réunir pour décider de ce que nous allons faire.

 

Je vous remercie

 

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