Hérault - Emmanuelle Ménard : son intervention lors de la première séance

Hérault - Emmanuelle Ménard : son intervention lors de la première séance

Hérault - Emmanuelle Ménard : son intervention lors de la première séance

Par Emmanuelle Ménard , le 27 Juillet 2020

Je vous propose de retrouver mon intervention dans le cadre de la motion de rejet préalable que j'ai défendu lors de la première séance du lundi 27 Juillet 2020.

"Monsieur le Président,

Madame et Monsieur le ministre,

Madame la Présidente de la Commission spéciale,

Mesdames et messieurs les rapporteurs,

Chers collègues,

Le passe-temps de l’homme n’est qu’une entreprise perpétuelle et universelle de démolition ». Châtiment ou simple constat, ces quelques mots interpellent au moment où certains d’entre nous voudraient faire croire que la PMA pour toutes serait le marqueur du « monde d’après ».

Un monde où l’Homme, mû par ses seules ambitions, serait tout-puissant. Où les lois naturelles que l’on pensait éternelles seraient ringardisées et rejetées. Un monde où la privation d’un père, organisée dans les murs de cet hémicycle, serait vue comme un progrès.

Un monde où aucun groupe parlementaire n’a déposé de motion de rejet pour s’opposer à une telle monstruosité. Comme si cet effondrement de l’idée même que l’on se faisait d’une famille - propice à l’épanouissement d’un enfant - était devenu une fatalité, pour ne pas dire un non-sujet.

Il faut bien le reconnaître, nous sommes réunis ici, en fin de session extraordinaire, pour discuter d’un texte tout aussi extraordinaire. Non pas parce qu’il apporte quelque chose à notre société. Mais parce qu’il va donner vie à des enfants volontairement programmés sans père… sans père !

Extraordinaire aussi parce qu’il touche à l’intime, celui de l’adulte dans sa sexualité et dans sa capacité, ou non, à engendrer. Mais aussi parce qu’il touche à la fragilité, celle de l’enfant dans son rapport à ses parents et à son besoin vital de se construire face à l’altérité : face à un homme et face à une femme.

Tous, nous devrions être saisis par ce texte qui engage même celui qui s’abstiendra de voter pour ou contre. Pourquoi ? Parce qu’il va laisser une trace indélébile dans notre société. Celle du bannissement des pères. De ceux contre lesquels on s’est érigé ou avec lesquels on a grandi. Des pères imparfaits, mais qui ont existé. Des pères de chair et d’os.

Alors ne nous y trompons pas. Il ne s’agit ni d’un texte sur la « tolérance », ni d’un texte sur « le vivre ensemble ». Et encore moins sur « le progrès ». En réalité, ce qui se joue ici, c’est une rupture. Profonde. Anthropologique.

Ce texte n’arrive d’ailleurs pas par hasard. Il est le fruit d’un long travail de sape qui a réussi à faire croire à certains d’entre nous que de participer, volontairement, à la destruction de la famille, incarnée par un père et une mère, était source d’épanouissement pour l’enfant.

Il y a d’ailleurs, face à ce texte, ici même, une sorte de malaise. Une forme de tétanie : sur 577 députés, seulement 15 % d’entre nous ont déposé des amendements. Pour certains, c’est pour aller plus loin dans la transgression. En se servant de ce texte pour ouvrir les portes à la GPA au sein d’un couple de femmes, pour étendre la recherche sur les embryons, pour congeler ses ovocytes et se donner l’illusion d’une éternelle fécondité, pour créer des chimères animal/homme, pour légaliser la PMA post mortem, le bébé médicament, l’embryon transgénique et j’en passe…

Pour d’autres, il s’agit de rappeler le bon sens. Celui qui colle au réel, qui est charnel, qui ne se cache pas derrière les désirs égoïstes des adultes. Ce bon sens fait tristement défaut avant même que nous commencions cette discussion puisque, je le rappelle, nous allons voter en catimini un texte, en plein mois de juillet, en temps législatif programmé, dans l’incapacité de défendre tous nos amendements et sans que les Français puissent manifester. Quel mépris ! Avouez-le.

L’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn, avait eu pourtant, en première lecture, la justesse de rappeler les mots de Hans Jonas, qui dans la préface du Principe responsabilité nous invitait à l’humilité en ces termes : « Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui.

Oui, mes chers collègues, notre plus grande dignité doit être de nous limiter. Non pas par peur. Mais par une saine alliance entre humilité et audace. Humilité puisque nous sommes inscrits dans une histoire, dans une descendance, dans une humanité. Et audace pour nous effacer nous, adultes, derrière eux, les enfants.

La motion de rejet que je défends pose cette question simple : est-ce juste ? Est-ce juste de priver, en l’espace d’un vote, des milliers d’enfants de leur père pour les générations à venir ?

J’en appelle à votre conscience. J’en appelle à votre courage. Oubliez les stratégies partisanes. Pensez à la profondeur des bouleversements d’une telle loi et résistez ! Résistez aux idéologies d’une poignée et osez répondre à cette question en votre âme et conscience : qui suis-je pour infliger cela à un enfant ?

 

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