ACTUALITES : SETE ( 34 ) -De l’esclavage à la négrophobie Café citoyen de Sète Compte rendu du 22 novembre 2018

SETE ( 34 ) -De l’esclavage à la négrophobie Café citoyen de Sète Compte rendu du 22 novembre 2018

De l’esclavage à la négrophobie Café citoyen de Sète

Jeudi 22 novembre 2018 au bar Le Saint-Clair

« Il est de passage comme les nuages

Le berger de la plage seigneur Camelot

Un jour il s’efface sans laisser de trace

Perdu dans l’espace marchant sur les eaux

Nous laissant en gage

La douleur sans âge de son pays chaud »

Seigneur Camelot, Jacques Barthès

Si le saxo de Gérard Bertin a permis au public de s’installer, c’est avec Seigneur Camelot que l’auteur compositeur interprète Jacques Barthès ouvre ce deuxième Café citoyen de la saison. Initié et animé par Michel Blanchard sous l’égide de La Nouvelle Arcadie.

 

Des invités de choix pour un thème toujours d’actualité « de l’esclavage à la négrophobie ».

Tout d’abord le journaliste Christophe Naigeon, auteur du roman historique Liberia (Tallandier 2017) qui structure la question autour d’un montage diapo en quatre phases : 1619, le temps de l’esclavage en « contrat à durée déterminée » ; 1660, « Touche pas à la femme blanche » ; 1910, la loi de la « goutte de sang noir » ; aujourd’hui, le racisme dans la tête des victimes.

Il est accompagné de la comédienne Rosine Moularet Bély, également présidente de l’association franco-africaine A’mendonné Go on et du psychiatre Michel Montes. Jocelyne Fonlupt-Kilic lira également quelques textes.

Christophe Naigeon rappelle que l’esclavage préexistait de longue date à la traite des Noirs initiée en Amérique du Sud au XVIe siècle après la période des grandes découvertes. Mais cet esclavage ancestral est passé « de l’artisanat à l’industrie » lorsque des bateaux remplis d’esclaves noirs ont quitté les côtes africaines pour rallier le Nouveau Monde.

Dans ce qui deviendra les États-Unis, le peuplement européen était alors composé d’aventuriers, de proscrits, de pionniers dont le principal souci était de faire fructifier des terres immenses. Les nouveaux arrivants, blancs ou noirs, pauvres, devaient alors – pour payer leur passage ou simplement pour survivre à leur arrivée – en passer par une période à durée déterminée d’esclavage « consenti » et légalisé par la loi du 30 juillet 1619. Les Blancs ne se désignaient pas alors comme blancs mais plutôt en fonction de leurs origines géographique et/ou de leur identité religieuse. De fait, la question raciale ne se posait pas. Lorsque l’Europe a envoyé dans le Nouveau Monde des bateaux de femmes (orphelines, prisonnières, prostituées…) destinées aux pionniers, l’histoire a commencé à se gâter pour des raisons de concurrence sexuelle : les femmes blanches assumant une préférence pour les hommes noirs probablement moins macho que les pionniers blancs coincés dans le puritanisme des religions. Ce fut la première marche du racisme.

Michel Montes rappelle aussi la Controverse de Valladolid (1550) à propos de l’identité des Indiens et les « justifications » qui conduisent au racisme. Puisque les Indiens ne pouvaient être mis en esclavage, les Noirs coupés de leurs racines africaines et déjà brisés par l’esclavage maure en feront les frais.

Rosine Moularet Bély apporte un éclairage sur l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Une réalité longtemps ignorée de la plupart des habitants de l’Afrique subsaharienne qui n’ont pris conscience du problème qu’en 2015. La communauté internationale, elle, réunie en conférence a préféré se pencher sur la question de l’esclavage en Libye…

Dans la salle, un témoin évoque le moment où, en 1968, il a croisé de nuit une caravane d’esclaves en Algérie. Un autre partcipant parle du fait que, toujours en Algérie, les Noirs se considèrent comme inférieurs. Quelqu’un met ensuite en évidence le lien entre développement industriel et nécessité de main d’œuvre soulignant que l’esclavage se poursuit aujourd’hui du Sud au Nord.

Christophe Naigeon conclut l’échange. « L’histoire de l’esclavage étant une histoire sans fin, on va plutôt essayer de comprendre les mécanismes du racisme. » La deuxième marche, selon lui, serait liée à la sexualité : le mâle blanc protestant s’étant senti blessé dans sa chair par le Noir dominant dans l’alcôve.

À ce propos, Michel Montes fait référence à la théorie freudienne de la meute mais ouvre une nouvelle question, celle de la descendance. « Je veux du “même” (que moi) pour asseoir le pouvoir » Or le métissage qui commence à apparaître remet en cause ce « même ». S’ensuit une haine du Noir qui aboutit à l’interdiction des mariages interraciaux et donc du métissage.

Et c’est, selon Christophe Naigeon, la troisième marche du racisme : le Blanc retourne sa haine du Noir contre lui-même, il se hait car il n’est pas sûr d’être lui-même 100 % blanc. Le « monstre » est à l’intérieur de lui. Ce qui a donné naissance aux États-Unis à la « one drop rule », la loi de la goutte de sang noir qui suffit à vous faire considérer comme noir si vous avez un grand-parent, un arrière grand-parent, voire un arrière arrière grand-parent, noir.

Michel Montes élargit le débat : « C’est un mécanisme qu’on connaît bien par exemple au travers de la peur du “fou” ou de la personne handicapée physiquement. » Ce qui se joue alors c’est la peur du refoulé en soi. C’est valable aussi pour les migrants qui renvoient au risque de pauvreté.

Rosine Moularet Bély affirme avec malice que la question de « la goutte de sang blanc » ne se pose pas en Afrique : « Quand le métis est riche, il est blanc, quand il est pauvre, il est noir. » Elle rappelle qu’en Côte d’Ivoire beaucoup de métis participaient au gouvernement de Félix Houphouët-Boigny.

On évoque dans la salle, le problème de l’ignorance qui scelle le racisme. Ignorance des origines de l’homme et du climat qui conditionne la couleur de la peau (une transformation qui s’effectue sur des millénaires).

Quelqu’un fait référence à ce propos au pourcentage élevé de cancers de la peau parmi la population blanche des Australiens (dont la peau claire n’est pas adaptée au climat).

Un autre participant revient sur le racisme économique : lorsque le gâteau à partager est grand, le racisme diminue, lorsque la taille du gâteau s’amoindrit, le racisme augmente puisqu’il faut éliminer un groupe du partage.

Les échanges se terminent sur la question de l’intériorisation du comportement en s’épargnant le conflit, par exemple autour du système d’esclavage qui perdure en Mauritanie (y compris chez les Mauritaniens exilés) : le système oasien où les maîtres maures exploitaient des esclaves noirs, la prospérité des oasiens a disparu, les esclaves se sont enrichis ailleurs (en cultivant les terres le long du fleuve Sénégal), mais ils continuent de verser de l’argent à leurs anciens maîtres.

Après Lily de Pierre Perret, ce sont les mots d’Yves Duteil toujours par la voix de Jacques Barthès qui termineront ce riche Café citoyen.

« Et des ghettos, des bidonvilles
Du cœur du siècle de l'exil
Des voix s'élèvent un peu partout
Qui font chanter les gens debout

Vous pouvez fermer vos frontières
Bloquer vos ports et vos rivières
Mais les chansons voyagent
à pied
En secret dans des cœurs fermés »

Pour les enfants du monde entier, Yves Duteil

 

Rosine Moularet Bély et Jocelyne Fonlupt-Kilic ont prêté leurs voix à des lectures au cours de la rencontre.

Ouvrage de référence suggéré par Christophe Naigeon : Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éd. Perrin.

Les photos sont de Jeanne Davy dont on peut retrouver le travail sur la page Facebook : Jeanne Davy / Au bout de mon objectif

Le prochain Café citoyen de Sète aura lieu le jeudi 17 janvier sur le thème « La Grèce, l’Europe dans la crise économique. Quel est le poids de la finance dans notre vie ? »
Attention, il aura lieu exceptionnellement au Palace, 24 avenue Victor-Hugo 34200 Sète
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En attendant vous pouvez suivre le Café citoyen sur sa page Facebook @cafecitoyendesete et consulter le site des Cafés citoyens : http://www.cafes-citoyens.fr/

Source photo

Jocelyne Fonlupt-Kilic (25-11-18)

 

L'indécapant 1
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