ACTUALITES : BEZIERS - DECHETS MENAGERS : Un immense et redoutable paradoxe 

BEZIERS - DECHETS MENAGERS : Un immense et redoutable paradoxe 

               Un immense et redoutable paradoxe 

En matière de déchets ménagers on n’accorde d’attention qu’à la petite quantité de résidus solides jetés à la poubelle ou déposés en déchetterie.  On se préoccupe beaucoup moins des déchets liquides charriés pourtant en quantité bien supérieure par les égouts. Ce que reçoivent poubelles et déchetteries atteint tout au plus une demi-tonne par an et par habitant alors que les égouts reçoivent plus de trente tonnes d’eaux usées par habitant et par an. Les déversements à l’égout ne sont même pas considérés comme déchets. C’est un comble !!!

D’autre part alors qu’ordures ménagères et déchets industriels tombent dans des poubelles distinctes, les égouts reçoivent à la fois les effluents des ménages et des industries. Le contenu des égouts est donc un immense et inextricable mélange de tous les polluants à la fois. Cette hétérogénéité rend impossible tout traitement efficace. On ne peut pas en effet traiter à la fois et de la même manière les excréments des couches-culottes et une épave d’ordinateur. Un tri à la source est donc indispensable pour que chaque catégorie de déchets reçoive le traitement qui lui convient. C’est pourquoi le tri des ordures ménagères a été institué. Mais qui se soucie de trier à la source les  énormes volumes de déchets liquides jetés à l’égout pêle-mêle par les ménages, les artisans, les jardiniers et les  industries?

Le résultat de cette incurie, c’est la pollution irréversible des égouts, puis des cours d’eau, des nappes phréatiques, des sols cultivés et de l’air que nous respirons. Il est urgent de changer de cap.  Démonstration ci-après.

 

La double fonction des cours d’eau

Le petit fleuve qui traverse Béziers – l’Orb – remplit 2 fonctions vitales : d’une part il reçoit les égouts des nombreuses communes riveraines (Eh  oui !). D’autre part  il est pour ces mêmes communes la principale, voire l’unique ressource en eau potable. L’Orb n’est pas une exception : Beaucoup de rivières et tous les grands fleuves (Seine, Loire, Rhône, etc) remplissent eux aussi  ces 2 fonctions contradictoires.  Les problèmes qui en résultent sont énormes et pourtant ignorés:

 Comment est captée l’eau potable 

A Béziers l’eau qui coule des robinets vient de l’Orb. Elle est prélevée en amont de la ville et le réseau d’égout rejoint l’Orb en aval de la ville. Deux précautions élémentaires…

Troisième précaution : l’eau potable n’est jamais pompée directement dans le lit du fleuve (heureusement !) mais à quelques dizaines de mètres de l’Orb, sur la rive, grâce à plusieurs puits de captage.  L’eau tirée de ces puits est bien celle de l’Orb, infiltrée sous les 2 rives. Pour arriver jusqu’aux puits, elle traverse l’épaisse couche de limon que les crues du fleuve ont déposée de chaque côté du cours d’eau. Parce que ce limon est très fin, il constitue un filtre naturel qui débarrasse l’eau des microbes et de certains polluants. (Ouf !) Mais beaucoup de molécules dangereuses (les pesticides agricoles, entre autres) ne sont pas beaucoup plus grosses qu’une molécule d’eau. Elles sont donc capables, comme l’eau et avec l’eau, de passer à travers le filtre limoneux.  C’est pourquoi l’eau dite « potable » est analysée avant d’être consommée. Mais cette analyse est-elle fiable ?

Inévitable insuffisance des analyses d’eau

On nous répète que l’eau potable est un produit alimentaire extrêmement surveillé. Cela rassure les consommateurs. Et il est vrai qu’ avant d’être livrée à la consommation, l’eau de nos robinets subit des analyses réputées strictes par des laboratoires réputés rigoureux. Certes. Mais ces laboratoires ne cherchent qu’un nombre très limité de polluants : les plus fréquents, les plus dangereux. Les autres, n’étant pas recherchés, ne peuvent pas être découverts par les analyses et passent donc incognito dans l’eau des robinets. Faut-il exiger que soient recherchés dans  cette eau tous les polluants susceptibles de s’y trouver ? Hélas non pour la raison suivante :

L’industrie a inventé, fabriqué et mis sur le marché environ cent mille produits chimiques plus ou moins toxiques (peintures, solvants, acides, bases, insecticides, herbicides fongicides et autres poisons phytosanitaires, colles, produits d’entretien et de bricolage, lessives, nettoyants et décapants divers) quotidiennement utilisés par les agriculteurs, les artisans, les industriels et les ménages. Tout cela, après consommation, tombe plus ou moins à l’égout et se retrouve donc en partie dans les cours d’eau. Avec le risque évident de polluer l’eau potable. Or s’il fallait rechercher cent mille polluants dans une analyse d’eau, ladite analyse durerait des années et le prix de cette analyse rendrait l’eau potable plus chère que le champagne. Les analyses d’eau potable sont donc inévitablement incomplètes.

D’où l’ardente, l’impérieuse, l’absolue nécessité d’épurer le contenu des égouts avant de le jeter dans un cours d’eau. Malheureusement cette épuration est très insuffisante.

Les limites de l’épuration 

En langage administratif  cette épuration  est appelée « assainissement des eaux usées ». Elle est effectuée en zone rurale par des bassins de lagunage et dans les villes par une usine appelée station d’épuration (STEP en abrégé). A l’entrée de l’usine, les eaux usées passent d’abord à travers une grille qui retient les feuilles d’arbres et autres gros objets indésirables. Puis un bassin de décantation effectue un dessablage/déshuilage : ce qui est plus lourd que l’eau (sable, graviers) se dépose au fond du bassin. Ce qui est plus léger que l’eau  (matières grasses) forme à la surface de l’eau une pellicule flottante qu’il suffit de racler.  Après ces 2 préliminaires commence le traitement proprement dit. Il est effectué par des microbes qui dévorent excréments, urine, jus de vaisselle et autres déchets organiques venus des lavabos, des machines à laver, des bains et des douches. Grâce aux microbes, ces bons serviteurs, les lagunages ruraux  et les  STEP urbaines sont capables d’éliminer les polluants organiques. Mais les microbes n’ont aucun appétit pour les métaux lourds, pour les peintures, pour les acides, pour les pesticides. Friands de matière organique, les microbes ne s’attaquent pas aux très nombreux polluants minéraux qui traversent donc les installations d’épuration sans avoir été éliminés.

Au traitement ci-dessus les STEP les plus modernes ajoutent parfois une « ultrafiltration ». L’eau usée passe alors à travers un filtre d’une extrême finesse théoriquement capable de retenir tous les polluants plus gros qu’une molécule d’eau. Les microbes et même les virus sont probablement incapables de traverser les mailles de l’ultrafiltration mais la plupart des polluants minéraux (métaux lourds par exemple) ne sont guère plus gros qu’une molécule d’eau et contre eux l’ultrafiltration est impuissante. Concluons qu’une STEP, efficace contre les polluants organiques, est impuissante à éliminer les polluants minéraux. Or l’industrie a inventé, fabriqué et mis sur le marché environ cent mille produits chimiques comme le montrent les statistiques publiées par la commission de Bruxelles lors de l’élaboration du règlement REACH (enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques).

                                     Donc le tout à l’égout est dépassé

Puisque les STEP sont incapables d’éliminer les polluants minéraux, ceux-ci ne devraient pas tomber à l’égout. On devrait jeter à l’égout uniquement les effluents que les STEP sont capables de traiter efficacement.  A mesure que se développe l’industrie chimique, le tout à l’égout devient un crime contre l’environnement et contre la santé publique. En particulier les industriels doivent cesser de déverser dans le réseau d’égout les résidus liquides plus ou moins pollués issus de leur activité. D’ailleurs la loi oblige les entreprises à traiter elles-mêmes tous leurs déchets y compris leurs effluents liquides. Mais les élus locaux refusent rarement l’autorisation de déverser à l’égout des effluents industriels même très dangereux. Toutes les collectivités territoriales cherchent en effet à attirer sur leur sol de nouvelles entreprises. Il en résulte entre les collectivités une concurrence malsaine : c’est à qui accordera le plus de faveurs aux entreprises pour les attirer ou pour éviter qu’elles quittent le territoire. Prenons quelques exemples à Béziers:

L’exemple édifiant de Mecanic Sud Industrie (MSI)

Cette entreprise métallurgique, installée en périphérie de Béziers, fait du « surfaçage métallique » : elle recouvre d’une fine couche de chrome ou de nickel les pièces que ses clients lui confient.  Comme elle voulait développer son activité et être autorisée à déverser ses effluents liquides à l’égout, l’entreprise a dû soumettre ces 2 projets à une enquête publique en février-mars 2017. L’étude  de dangers incluse dans cette enquête a révélé que MSI utilise une cinquantaine de produits chimiques tous caractérisés par l’étude de dangers comme nocifs ou irritants ou corrosifs ou cancérogènes ou dangereux ou toxiques ou reprotoxiques (c-à-d toxiques pour les organes génitaux). Ces substances dangereuses se retrouvent inévitablement dans les déchets d’activité de MSI.

C’est pourquoi MSI  jusqu’à la date de l’enquête publique ne déversait aucun effluent industriel liquide dans le réseau d’égout. Un tel déversement était interdit par l’arrêté préfectoral  autorisant l’activité de MSI.  Les déchets liquides de MSI  étaient tous récupérés dans des cuves ou des fûts et livrés à des entreprises spécialisées (SRA SAVAC,  SAFETY KLEEN, etc) pour valorisation ou élimination dans des installations agréées. Preuve que MSI peut parfaitement fonctionner sans déverser de liquides industriels  à l’égout.

Pourtant la communauté d’agglomération  a récemment autorisé MSI d’abord par arrêté puis par convention à jeter ses eaux usées industrielles dans le réseau d’égout et cela  avant toute enquête publique. Quels sont les polluants contenus dans les eaux usées de MSI? Le dossier d’enquête publique sur ce point capital était muet. Sans doute parce que MSI était incapable de dresser la liste complète de ces très nombreux polluants. La communauté d’agglomération a donc autorisé le déversement à l’égout sans se préoccuper de connaître la liste complète des polluants contenus dans les eaux usées de MSI. L’agglo, dans sa convention, va jusqu’à autoriser explicitement le déversement à l’égout de divers poisons (arsenic, cyanure) de polluants métalliques (en particulier chrome, nickel) et de toxiques divers  (toluène, xylène, etc). L’attitude de l’agglo est totalement irresponsable car la station d’épuration biterroise, qui n’utilise que des microbes pour traiter le contenu des égouts, est strictement incapable d’éliminer les poisons, les toxiques, les métaux lourds et autres polluants minéraux produits par MSI. Toutes ces molécules dangereuses finiront donc dans l’Orb ou dans les boues issues de l’épuration des eaux d’égout. Or ces boues, comparables à du fumier, ont vocation à fertiliser les terres cultivées et ne doivent pas contenir de molécules dangereuses. Répétons-le : l’attitude de l’agglo est totalement irresponsable. Plus grave : suite à l’enquête publique la préfecture elle aussi a autorisé MSI à déverser ses déchets liquides à l’égout. Malheureusement le cas de MSI n’est pas isolé. Il est manifeste que les pouvoirs publics ne refusent pas grand-chose à un industriel…

La complaisance de l’agglo envers les industriels

L’agglo a signé avec de nombreux industriels des conventions les autorisant à déverser « des eaux résiduaires non domestiques » dans le réseau d’égout. Ces autorisations ont été accordées même à des entreprises dont les déchets sont très dangereux : par exemple à GAZECHIM (usine chimique classée SEVESO seuil haut, donc très dangereuse), etc. Pour faire le point sur ces autorisations et savoir dans le détail jusqu’où vont les complaisances de l’agglo envers les pollueurs, l’ABCPSE (association biterroise contre les pollutions de la station d’épuration) a demandé par lettre recommandée du 12/10/17 à l’agglo copie de toutes les conventions de déversement à l’égout passées avec des industriels et copie des délibérations de l’agglo approuvant ces conventions.  Malgré plusieurs rappels téléphoniques et écrits de l’ABCPSE et bien que cette association ait fini en février 2018 par saisir la CADA (commission d’accès aux documents administratifs) l’agglo n’a fourni à l’ABCPSE aucun des documents demandés. Pourquoi un secret aussi total et aussi illégal si l’agglo n’a rien de grave à cacher ?

Ces complaisances des élus locaux sont à l’origine d’un immense problème qui devient explosif : que faire des boues produites par l’épuration des eaux usées ?

Le traitement des boues de STEP

Le traitement biologique du contenu des égouts par des microbes produit des « boues ». On appelle « boues » ce qui est retiré des eaux usées c-à-d les déchets organiques ainsi que les microbes qui se sont multipliés et agglomérés autour de ces déchets.

Ces boues organiques, assimilables à du fumier, étaient systématiquement autrefois épandues en tant que matière fertilisante sur les sols cultivés. Mais à mesure que s’est développée l’industrie chimique et que se sont multipliés les rejets de produits chimiques à l’égout, les boues de STEP sont devenues polluantes. En zone rurale, où l’industrie est rare voire absente, les boues continuent d’être épandues comme du fumier. Mais l’épandage des boues urbaines est devenu suspect de polluer les sols et les cultures. C’est pourquoi cet épandage n’est actuellement autorisé qu’en quantité très limitée. Craignant de manquer de terrains d’épandage, l’agglo biterroise a demandé et obtenu l’autorisation d’incinérer ses boues de STEP et s’est lancée dans la construction à Béziers d’un incinérateur pour y brûler chaque année 15.000 tonnes de boues et de graisses extraites des eaux usées. Une « solution » pire que le mal comme nous allons le voir :

Le feu a bonne réputation parmi les acteurs de la gestion des déchets : il passe pour diminuer la quantité des ordures en les réduisant à un peu de cendre. On croit aussi  qu’il  améliore la qualité des déchets en les purifiant. La réalité est exactement inverse. Démonstration ci-après :

Le feu multiplie la quantité des déchets

Sans oxygène aucun feu n’est possible car une combustion n’est rien d’autre qu’une oxydation c-à-d une réaction chimique au cours de laquelle  un combustible quelconque se combine avec de l’oxygène pour former des oxydes. Le carbone contenu dans les déchets devient en brûlant de l’oxyde de carbone (CO2) le soufre devient oxyde de soufre (SOx) l’azote devient oxyde d’azote (NOx) etc. La cendre est la partie du combustible qui n’a pu s’oxyder. Certains matériaux (ferraille, cailloux, verre…) rebelles  à l’oxydation par le feu,  sortent de l’incinérateur sans avoir été altérés.

Un incinérateur, pour consommer de l’oxygène, est obligé d’employer une grande quantité d’air. L’atmosphère ne contient en effet que 21% d’oxygène. Le reste  est presque uniquement de l’azote. En d’autres termes l’atmosphère terrestre contient environ un cinquième d’oxygène et quatre cinquièmes d’azote. Pour brûler c-à-d pour oxyder entièrement une tonne de déchets ménagers (ou de boues d’assainissement déshydratées) il faut donc théoriquement 4 à 5 tonnes d’air. Mais en pratique un incinérateur qui n’emploierait que 5 tonnes d’air par tonne de déchets produirait beaucoup d’imbrûlés. En effet l’azote atmosphérique, au lieu de rester en dehors de la combustion, s’oxyde lui aussi, diminuant de ce fait la  quantité d’oxygène disponible pour les déchets. Cette oxydation de l’azote atmosphérique s’observe dans toutes les combustions. Par exemple l’essence  des moteurs d’ autos et de camions, est un hydrocarbure (mélange d’hydrogène et de carbone) qui ne contient aucun azote. Et pourtant, les gaz d’échappement de ces véhicules contiennent du dioxyde d’azote (N02). C’est pourquoi les incinérateurs de déchets fonctionnent toujours avec un excès d’air d’environ 80 % par rapport à la théorie. La réglementation va même plus loin : pour calculer les taux de polluants dans les fumées d’incinération, elle se fonde sur un excès d’air de 110 %.

En pratique, un incinérateur, pour brûler une tonne de déchets, consomme environ 6 tonnes d’air. Cet air se pollue au cours de la combustion et sort par la cheminée sous forme de fumée toxique. C’ est le principal déchet de l’incinération. Puisqu’une tonne de déchets produit environ 6 tonnes de fumée, l’incinération, loin de réduire la quantité des déchets, la multiplie par 6. Mais ce n’est pas tout :

La réglementation exige que les fumées, en raison de leur toxicité,  soient traitées avant d’être évacuées par la cheminée. Pour ce traitement on utilise divers réactifs. Ainsi l’incinérateur biterrois de boues et graisses doit utiliser bicarbonate,  charbon actif et ammoniac  en grosses quantités.  

Tous ces réactifs incorporent les polluants qu’ils retirent des fumées, deviennent donc déchets toxiques et s’ajoutent aux fumées. Au total un incinérateur, pour brûler une tonne de déchets, produit environ 7 tonnes de déchets. L’incinération est donc à la fois absurde et illégale : les lois sur les déchets se donnent toutes pour premier objectif de prévenir, d’éviter, de réduire la production de déchets. Parce qu’elle va à l’encontre de cet objectif légal l’incinération devrait être purement et simplement interdite.

L’incinération aggrave aussi  la toxicité des déchets

A partir de déchets peu ou pas toxiques, l'incinération génère d'innombrables polluants qui contaminent l'air, le sol et les eaux. En effet au cours de la combustion des molécules se décomposent pour former d'autres molécules, différentes des premières. Les boues de station d’épuration contiennent des substances de toute sorte et leur recombinaison au hasard dans un incinérateur donne naissance à des composés chimiques très divers. Beaucoup d'entre eux sont très toxiques, comme les organochlorés et, parmi eux, les furanes et dioxines. Les dioxines sont de redoutables dérégulateurs hormonaux. Très solubles dans les matières grasses (viande, lait, etc.), chimiquement très stables et nocives même à très faible dose, elles s'accumulent dans la chaîne alimentaire au sommet de laquelle se trouve l'homme. L'incinération de déchets est la principale source des dioxines qui empoisonnent notre environnement

Sur les milliers de molécules recensées dans les fumées d'incinérateurs, quelques-unes seulement, officiellement reconnues toxiques, sont soumises à des limitations et à des contrôles réglementaires. Faute d'études, on sait peu de choses sur la toxicité des autres.

Prétendre que seuls les vieux incinérateurs sont polluants est une contrevérité. Les usines modernes se contentent pour toute dépollution, de filtrer les poussières et les dioxines, de désacidifier les fumées, de désodoriser les rejets gazeux et de traiter les oxydes d’azote. En quoi cela empêche-t-il l'émission de gaz toxiques dans l'environnement ? Certes à la température de 850 degrés pendant 2 secondes exigée par la réglementation la plupart des gaz toxiques sont décomposés en gaz inoffensifs mais comment empêcher que se reforment des molécules nocives très variées pendant la phase de refroidissement et de condensation des gaz APRES le traitement et HORS de l’usine?

De plus l’incinération fabrique des poussières fines. Les plus fines (dimension inférieure à 2,5 microns) sont particulièrement dangereuses : elles passent à travers les filtres de l’usine d’incinération puis franchissent la barrière pulmonaire. Elles sont à l’origine de maladies respiratoires et s’introduisent dans le sang générant à terme diverses maladies et des cancers. Ces particules ultrafines ne sont pas contrôlées aujourd’hui.

Parce que les déchets ménagers et les boues de STEP contiennent tout et n'importe quoi, leur combustion équivaut à brûler une matière inconnue. On déclenche ainsi des réactions chimiques inattendues et incontrôlables. Les pires polluants peuvent ainsi se former et s'échapper de l'usine. Parmi eux on a décelé même du phosgène, substance si agressive que l'armée l'a utilisée comme gaz de combat. L'incinérateur de Lamalou, (aujourd’hui démoli) près de Béziers, à la suite de réactions chimiques imprévisibles, a explosé. Si l’incinérateur biterrois explose, c’est toute la station d’épuration voisine qui sera endommagée ou détruite. Or on vient d’y investir plus de 27 millions d’euros HT. Et pendant les travaux de reconstruction de la STEP il faudra jeter à l’Orb sans traitement le contenu des égouts. Ce projet d’incinération est irresponsable.

Les boues de la STEP biterroise, avec autorisation de la préfecture, peuvent être actuellement épandues sur des terres agricoles. C’est la reconnaissance officielle qu’elles sont peu dangereuses. Mais si elles sont incinérées ces boues produiront des REFIB (résidus d’épuration des fumées) si toxiques qu’ils devront être enfouis en décharge de classe 1 pour « déchets industriels spéciaux » c-à-d les déchets les plus toxiques de l’industrie.  L’Etat reconnaît ainsi qu’un incinérateur fabrique des toxiques très dangereux qui n’existaient pas dans les boues avant incinération.

Tout cela est parfaitement incompatible avec la loi du 13/07/92 qui se donne pour premier objectif de prévenir ou réduire la nocivité des déchets. Parce qu'ils aggravent cette nocivité, les incinérateurs de déchets devraient être interdits.

Dans le mémorandum de l’Appel de Paris (09/11/06) rédigé par 68 experts internationaux la mesure 130 est la suivante :

« M130 : Interdiction d’incinération et de coïncinération des boues d’épuration.

Les polluants les plus dangereux pour la santé présents dans les boues d’épuration sont par

ordre décroissant le cadmium, le plomb, le mercure, le chrome hexavalent, certain composés

du nickel et le cuivre. Ces métaux contaminent l’air à la sortie des incinérateurs ou se

concentrent dans les cendres. L’Union européenne et les Etats membres doivent formellement interdire toute incinération ou coïncinération utilisant des boues d’épuration. »

Autres inconvénients de l’incinération

Brûler une tonne de déchets c’est produire environ une tonne de gaz carbonique, principal facteur de l’effet de serre qui réchauffe le climat. Il est étrange que les défenseurs du climat et le Ministère de l’environnement s’élèvent si peu contre l’incinération des déchets.

Les Etats du monde entier, réunis à Rio en juin 1992 pour une conférence historique, ont ratifié le concept de développement soutenable, ce qui implique que nous ne transmettions pas à nos descendants une planète aux ressources amoindries par nos gaspillages. Le plus irrémédiable de tous ces gaspillages est l'incinération, qui transforme des déchets, c'est-à-dire les matières premières les plus diverses, en cendres et en fumées définitivement inutilisables. Le concept de développement soutenable exige le recyclage systématique et intégral de tous nos déchets. L'incinération est en complète contradiction avec les engagements pris par la France à Rio.

La directive cadre européenne N°2008/98/CE

Cette directive classe par ordre de préférence les 5 manières qui existent de gérer les déchets. La 1 est la meilleure. La 5 est la pire. Citons-les :

1- La prévention  consiste à réduire la quantité et la nocivité des déchets que nous produisons.

2- Le réemploi  des déchets tels quels. Exemple : un vêtement d’enfant devenu trop petit pour lui peut être donné à un autre enfant.

3- Le recyclage des déchets. Exemples : une bouteille en verre, une canette de bière en acier ou en aluminium peuvent être fondues en usine pour devenir une nouvelle bouteille, une nouvelle canette.

4- La  valorisation énergétique. C’est incinérer les déchets pour produire chaleur ou électricité.

5- L’élimination. C’est enfouir les déchets dans une décharge ou incinérer les déchets sans produire d’énergie.

La TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) est prélevée par l’Etat sur les décharges et les incinérateurs. L’Etat reconnaît ainsi que ces 2 activités sont polluantes. La TGAP s’alourdit au fil des ans pour abolir progressivement ces 2 pratiques. Les contribuables de Béziers et du Biterrois devront donc payer une TGAP de plus en plus lourde parce que leurs élus ont fait le choix pervers de l’incinération… 

A la lumière de tout ce qui précède, l'incinération des déchets ménagers ou des boues de STEP s'avère totalement illégale et devrait donc être expressément interdite. Dans de nombreux pays industriels, la tendance est d'ailleurs à ne plus construire d'incinérateurs et à cesser l’exploitation de  ceux qui existent. Si la France fait tristement exception à cette règle, serait-ce parce que les principaux fabricants d'incinérateurs sont de puissants groupes industriels français très influents auprès des décideurs politiques?

Conclusion : que faire ?

Parce que l’incinération aggrave tous les problèmes posés par les déchets sans en résoudre un seul, elle doit être refusée. Parce qu’elle est illégale à de nombreux égards, elle doit être expressément interdite.

            En particulier vouloir brûler les boues issues de l’épuration des eaux d’égout est une aberration. Parce qu’elles contiennent environ 90% d’eau, les boues sont le plus mauvais combustible qui soit. Leur vocation n’est pas de devenir cendres et fumées mais de fertiliser les sols cultivés. Riches en excréments, en azote (celui des urines)  et en résidus organiques, les boues sont du fumier humain.  Encore faut-il que ce fumier ne contienne pas de molécules toxiques susceptibles de polluer les sols et les cultures.  C’est pourquoi le tout à l’égout est dépassé.

On doit jeter à l’égout uniquement des effluents organiques, seuls effluents que  les stations d’épuration sont capables de traiter efficacement. Il en résulte 2 ardentes obligations :

1- Il faut rappeler fermement aux industriels que la loi les oblige à traiter eux-mêmes tous leurs déchets. Ils n’ont pas le droit de déverser dans le réseau d’égout  des résidus minéraux toxiques que les STEP sont incapables de traiter et qui polluent à la fois les boues de STEP et les cours d’eau. D’ailleurs en vertu du secret industriel les entreprises sont seules à savoir exactement ce que contiennent les effluents qu’elles déversent actuellement à l’égout. Elles seules sont donc capables de les traiter.

2- Les ménages utilisent de nombreux produits fabriqués par l’industrie (détergents, dégraissants, décapants, détartrants et autres produits d’entretien) sans connaître l’impact de ces substances sur l’environnement. De grands efforts sont actuellement faits pour instituer le « tri sélectif » des ordures ménagères jetées à la poubelle. Mais nul ne se soucie d’instituer un tri analogue pour les déchets liquides jetés à l’égout. Or le tout à l’égout n’est plus tolérable. Il est urgent d’élaborer un guide de bonne conduite indiquant aux ménages quelles sont les substances dangereuses qui ne doivent jamais tomber à l’égout et quels sont les produits inoffensifs qu’on doit leur substituer.

L’ABCPSE est volontaire pour contribuer, avec toutes les parties intéressées, à l’élaboration de ce guide de bonne conduite.

      

 

 

Robert CLAVIJO pour l'ABCPSE (06-08-18)

 

L'indécapant 1
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